Face aux nouveaux défis de la construction, la qualité devient un levier stratégique

Longtemps, contrôler la qualité consistait essentiellement à vérifier la conformité d'un produit de construction issu de matières premières traditionnelles. Aujourd'hui, la réalité est bien plus complexe. Les matériaux recyclés se multiplient, le réemploi s'impose progressivement dans les cahiers des charges, l'échelle de performance CO₂ modifie les pratiques des entreprises et les réglementations évoluent sans cesse. Dans ce nouveau paysage, une question devient centrale : comment donner confiance aux acteurs concernés afin que produits et processus innovants puissent trouver leur place sur le marché ?

C'est précisément autour de cette notion que s'articule aujourd'hui l'action de COPRO. La mission de COPRO est en effet d’organiser, de coordonner, d’harmoniser et de promouvoir la qualité dans le secteur de la construction, en particulier par des contrôles de qualité sur les produits de construction et leur traitement, ce dernier à la demande du maître d’ouvrage. À l'occasion du passage de relais entre David Lamy (CEO de TRADECOWALL et Président de Greenwin) et Fabrice Henry (directeur opérationnel chez Colas Belgium) représentant Mobibel (Fédération Belge des Entrepreneurs de travaux de Voirie) au sein de l’organe d’administration de COPRO, les deux administrateurs, l’ancien et le nouveau, nous livrent une lecture similaire des attentes des acteurs de terrain.

La confiance, véritable matière première

Au fil de l'entretien, un mot revient sans cesse : confiance. Confiance des bureaux d'études lorsqu'ils prescrivent un matériau recyclé. Confiance des entrepreneurs qui le mettent en œuvre. Confiance des administrations lorsqu'elles élaborent leurs cahiers des charges.

Pour David Lamy, cette dimension est devenue centrale.

Le rôle des administrateurs de COPRO est de créer des connexions avec les pouvoirs publics, les fédérations et les acteurs du terrain afin de construire des outils de confiance pour toute la filière.

Fondée sur la crédibilité dont jouit COPRO grâce à son indépendance et à l’expertise accumulée depuis plus de 40 ans, cette confiance dépasse la seule certification. Elle passe également par la capacité de réunir autour d'une même table, entreprises, administrations et organismes techniques afin de faire converger les pratiques entre les Régions.

COPRO entretient de longue date des échanges réguliers et constructifs avec les administrations des différentes Régions, indépendamment de leur représentation au sein des organes de gestion de l’asbl. Car si les réglementations diffèrent encore entre la Wallonie, Bruxelles et la Flandre, les matériaux, eux, circulent déjà bien au-delà des frontières régionales. La Région wallonne n’est d’ailleurs jamais absente du débat puisqu’elle participe à tous les groupes de travail techniques. 

Plus largement, il faut tendre vers plus d’harmonisation au niveau européen afin que la valorisation des produits puisse s’affranchir des frontières nationales. Il y a à ce niveau encore énormément à faire et COPRO peut capitaliser sur son expérience du modèle belge pour jouer un rôle majeur dans le débat européen

ajoute David Lamy.

La qualité ne suffit plus, il faut la prouver

L'économie circulaire fait entrer la construction dans une nouvelle phase. Après avoir appris à recycler des matériaux naturels, la filière devra désormais recycler... des matériaux déjà recyclés. Cette évolution soulève une question essentielle : comment démontrer que ces matériaux conserveront leurs performances au fil des cycles ?

Pour Fabrice Henry, c'est précisément là que la certification prend tout son sens.

Nous allons devoir recycler des produits déjà recyclés. COPRO pourra démontrer leurs performances et garantir un processus de qualité afin de donner confiance aux maîtres d'ouvrage, aux bureaux d'études et aux entreprises.

Les matériaux ne seront plus uniquement évalués au moment de leur fabrication. Ils devront démontrer leur aptitude à vivre plusieurs vies.

L'exemple de l’organisation Walterre, à la création de laquelle COPRO a participé, illustre cette évolution. En structurant la traçabilité des terres excavées, Walterre a contribué à transformer un marché longtemps marqué par des pratiques hétérogènes. « Aujourd'hui, les acteurs disposent d'un véritable cadre de confiance qui rassure aussi bien ceux qui produisent les terres que ceux qui les reçoivent en bout de chaîne », résume David Lamy.

Cette logique devrait progressivement s'étendre à d'autres filières, notamment au réemploi des matériaux de construction. Demain, il ne s'agira plus seulement de contrôler un produit neuf, mais aussi d'évaluer un matériau ayant déjà connu une première vie.

La certification joue ici un rôle déterminant en objectivant les performances et en sécurisant l'introduction de matériaux issus du recyclage ou du réemploi dans les cahiers des charges.

L'accompagnement plutôt que la contrainte

L'échelle de performance CO₂ constitue un autre exemple de cette mutation. Si les entreprises wallonnes s'y engagent de plus en plus, David Lamy rappelle qu'une telle évolution ne peut réussir que si l'ensemble du secteur avance au même rythme.

Il faut que l’ensemble des acteurs de la chaîne s'approprient ces nouveaux outils. Ce sont des évolutions importantes, tant sur le plan économique qu'opérationnel, qui nécessitent un véritable temps de maturation.

Autrement dit, la transition ne repose pas uniquement sur de nouvelles obligations réglementaires. Elle nécessite aussi des outils, des référentiels et des organismes capables d'accompagner les entreprises dans cette transformation.

En proposant des outils numériques pensés pour faciliter le travail des différents acteurs de la construction, COPRO joue pleinement son rôle de pionnier au service d’une qualité plus facilement accessible. C’est notamment le cas avec la plateforme regroupant les fiches techniques de l’ensemble des produits certifiés par COPRO.

Une nouvelle définition de la qualité

La qualité ne se limite plus aux caractéristiques intrinsèques d'un matériau. Elle englobe désormais sa traçabilité, son impact environnemental, sa capacité à être réemployé, les données qui l'accompagnent et la confiance que toute la chaîne de valeur peut lui accorder.

Dans ce contexte, le rôle de COPRO évolue lui aussi. Historiquement davantage centré sur les infrastructures plutôt que sur le bâtiment, l'organisme intervient désormais sur des enjeux qui concernent l'ensemble du secteur : économie circulaire, digitalisation, réemploi, harmonisation réglementaire ou encore performance environnementale.

Et Fabrice Henry de conclure : 

Les cahiers des charges actuels sont plutôt basés sur des obligations de moyens, mais on tend vers une obligation de résultats. COPRO est idéalement placé pour accompagner les entreprises dans cette importante transition qui redéfinit le concept de qualité des produits, processus et systèmes.

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