Mettre un terme définitif aux enrobés goudronneux
Depuis 2014, la Flandre a pris la décision d’éliminer définitivement le goudron de la chaîne de production routière. Les revêtements en asphalte contenant du goudron ou du bitume goudronneux ne peuvent donc plus être réutilisés directement sur nos routes. Avant toute réintroduction, ils doivent passer par un processus de nettoyage thermique garantissant leur innocuité. COPRO supervise le suivi et la certification de ce processus.
En septembre 2023, COPRO a lancé la plateforme Digitar. Un outil en ligne pour simplifier la procédure de certification de l'élimination des enrobés goudronneux. "C'était une véritable révolution à l'époque. Nous étions tous habitués aux échanges « papier » , avec d’interminables allers-retours de documents. Ce n'était pas efficace et il fallait souvent attendre la bonne version signée des documents. En numérisant le processus, nous voulions changer tout cela. Aujourd’hui, Digitar a été adopté par le secteur en Flandre. Les retours de nos utilisateurs parlent d'un outil convivial et rapide. Une évolution qui correspond pleinement à notre ambition initiale."
Commander des bons de livraison en temps voulu
Si la plateforme Digitar fonctionne efficacement et a déjà simplifié de nombreuses étapes du processus, certaines limites subsistent. COPRO, en concertation avec les utilisateurs, a mis en place un plan d’action clair destiné aux différentes parties prenantes - entrepreneurs et maîtres d’ouvrage. Cependant, Dirk Lacaeyse insiste encore sur quelques points d'attention, à commencer par la commande des bons de livraison. "C'est la seule étape que nous n'avons pas encore pu numériser. Cela pourrait par exemple être intégré aux formulaires d'identification numérique qui existent déjà aujourd'hui pour le transport des déchets. Mais à ce stade, le traitement d'une commande reste un processus manuel. C’est pourquoi il est essentiel d’anticiper : les bons de livraison sont encore envoyés par voie postale."
Ces bons de livraison, exigés par les maîtres d’ouvrage, constituent un maillon indispensable pour assurer le bouclage du système. Chaque chargement d'enrobés goudronneux doit être accompagné d'un bon de livraison signé par le maître d’ouvrage. En pratique, cela nécessite la présence d’un contrôleur sur le chantier - une contrainte de plus en plus difficile à respecter.
Certaines pratiques ont donc vu le jour, comme la remise de bons vierges aux entrepreneurs. Une dérive que Dirk Lacaeyse dénonce fermement :
« Ce n'est absolument pas la bonne manière de travailler. Ce document de transfert est justement destiné à contrôler les quantités. Sans ce contrôle, le système perd toute sa raison d’être. C'est pourquoi il est important de numériser également cette dernière étape manuelle à terme."
Prévoir une estimation suffisamment large des quantités à éliminer
La définition des quantités maximales de matériaux goudronneux à éliminer reste un point sensible, notamment au niveau des sites de stockage intermédiaires . "Lors du calcul, le maître d’ouvrage part généralement du minimum théorique. En pratique, le fraisage va toujours un peu plus en profondeur afin d’éliminer l’ensemble du matériau goudronneux. Or, la quantité fixée par le maître d’ouvrage ne peut pas être dépassée." Si cela se produit, l'entrepreneur doit revenir vers le maître d’ouvrage. Dirk Lacaeyse nuance toutefois : "Heureusement, cette démarche est aujourd’hui beaucoup plus rapide grâce au numérique. Cependant, il est important de suivre de près les quantités mobilisées pendant le fraisage et, si nécessaire, d'augmenter à temps le maximum pour éviter toute interruption temporaire du processus d'élimination". Pour rendre les opérations plus fluides, Dirk Lacaeyse formule encore un conseil simple mais efficace . "Je recommande de prévoir dès le départ une marge légèrement plus grande. Cela ne génère aucun impact négatif et permet de sécuriser l’avancement du projet. »
Clôturer le chantier dans l'outil
Un troisième point d’attention concerne plus particulièrement les maîtres d’ouvrage : il s’agit de la clôture des projets. Dirk Lacaeyse, insiste sur l’importance de cette étape :
"L'idée est simple : dès que le dernier camion avec enrobés goudronneux a quitté le chantier, le donneur d'ordre doit clôturer son projet dans Digitar. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'un certificat peut être généré, sur la base duquel l'entrepreneur sera ensuite payé."
La rédaction de ces certificats se fait maintenant déjà lorsque les matériaux ont été réceptionnés dans l'un des dix sites de stockage intermédiaires existant actuellement en Flandre sans devoir attendre la phase finale de traitement thermique.
"Nous devons en effet d’abord rassembler des volumes suffisants avant d’envoyer les matériaux vers l’un des centres de nettoyage thermique aux Pays-Bas. Cela peut en effet prendre jusqu'à un an. Nous ne voulons pas faire patienter l'entrepreneur aussi longtemps pour qu’il reçoive son paiement."
Un projet de longue haleine
L’élimination des enrobés goudronneux reste un défi de taille pour les années à venir. Selon Dirk Lacaeyse, l’ampleur du travail reste considérable même s’il manque de chiffres exacts. "Nous savons cependant qu'en moyenne 100.000 tonnes par an d’enrobés goudronneux sont éliminés sous certificat. Cette tendance devrait se maintenir encore pendant quelques années", précise-t-il. "La raison est simple : le goudron, longtemps réutilisé dans les fondations routières, s’y trouve toujours en quantités importantes. À un certain moment, nous atteindrons un point de bascule. Les volumes de matériaux goudronneux diminueront progressivement, année après année", conclut DIrk Lacaeyse.
Cet article sera publié dans le magazine RecyclePro.